Le diesel baisse, mais seul le panneau de la pompe convainc encore les automobilistes
La baisse de 21 centimes de Leclerc est réelle, mais un déploiement inégal laisse les automobilistes scruter les prix affichés, et les grands distributeurs sont pour l'instant les seuls gagnants.
Photo : Jacek Halicki / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Quand le gouvernement annonce une baisse des prix et qu'un distributeur en annonce une encore plus forte, pourquoi l'automobiliste à la pompe hausse-t-il toujours les épaules ? Parce qu'un titre de journal n'est pas un panneau de prix, et que, ce week-end en France, les deux ne racontaient pas la même histoire.
Voici les faits. Le 12 octobre, le gouvernement a annoncé la mise à disposition des distributeurs de dix millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques jusqu'à la fin janvier, comme le rapporte melty. Leclerc a ensuite indiqué qu'il baisserait le gazole de 21 centimes par litre dans ses 742 stations à compter du 1er novembre, soit davantage que les 12 à 18 centimes espérés par le gouvernement. TotalEnergies avait déjà ramené le gazole à 2,15 € le litre dans ses 705 stations Access.
Pourtant, la moyenne nationale a à peine bougé: selon le calcul de l'AFP, elle s'établissait à un peu plus de 2,35 € dimanche à la mi-journée, contre 2,37 € la veille au soir, et le relevé de Radio France la donnait encore à 2,37 € pour dimanche.
Une baisse de 21 centimes bien réelle, mais pas une baisse nationale des prix
Les deux affirmations sont vraies à la fois. Un automobiliste qui fait un plein de 50 litres chez Leclerc économise plus de 10 €, et Leclerc assure ne conserver aucune marge supplémentaire sur cette remise. C'est une bonne nouvelle, et il n'y a pas lieu de faire la fine bouche.
Mais « le diesel baisse » décrit la situation de certaines stations, pas celle du pays. Blandine Ruty, déléguée générale de l'organisation professionnelle du secteur pétrolier Ufip Energies et mobilités, a elle-même reconnu que la baisse n'est pas uniforme parce que « chacun a sa politique commerciale ». Elle a aussi expliqué que les contrats avec le gestionnaire des stocks stratégiques devaient être signés distributeur par distributeur. À nos yeux, il n'est donc guère surprenant que le tableau soit contrasté à la pompe: cette semaine, ce que vit l'automobiliste dépend du hasard, selon l'enseigne qui se trouve au coin de la rue.
Les grandes enseignes gagnent d'abord, les petites risquent de payer l'addition
C'est le point qui nous met le plus mal à l'aise. Francis Pousse, de Mobilians, qui représente les stations indépendantes, a déclaré à franceinfo que les petits grossistes locaux n'avaient pas reçu les stocks et ne pouvaient donc pas baisser leurs prix. Il a prévenu que les petites stations pourraient rester bloquées autour de 2,50 € le litre pendant plusieurs semaines encore, face à de grands distributeurs en mesure de baisser les leurs.
Ce n'est que le discours d'une partie, et le ministère des Finances assure que toutes les stations verront leurs prix baisser dans les prochains jours. Mais si Pousse a ne serait-ce qu'à moitié raison, cette politique a un effet pervers: un stock public, censé soulager tout le monde, offre d'abord une arme marketing aux plus gros acteurs. Une bannière « 21 centimes de moins » est une formidable publicité, rendue possible par une réserve publique vendue 0,28 € le litre, contre environ 1,10 € sur le marché à la mi-octobre, selon les chiffres cités par melty.
Fiez-vous au panneau, et lisez les petites lignes
Les consommateurs font sans le savoir quelque chose d'avisé: ils relativisent l'annonce et lisent le prix affiché sur le mât. Dominique a payé 2,15 € près de Longjumeau et se demande toujours quand les prix redeviendront normaux. Nicolas, qui a constaté une baisse d'environ 10 centimes, estime que « ce n'est pas ce que j'appelle une baisse ». Élise s'arrête désormais à 50 € de plein et se demande si les prix repasseront un jour sous la barre des 2 € le litre. Ces réactions n'ont rien d'irrationnel face à une moyenne nationale qui oscille toujours entre 2,35 et 2,37 €.
Notre avis: Leclerc mérite d'être salué pour être allé plus loin que ce qu'on lui demandait, et une remise déduite chaque jour d'un prix qui suit toujours le marché est une promesse vérifiable. Mais ce « suit toujours le marché » compte. L'accès aux stocks stratégiques ne courant que jusqu'en janvier, cette baisse ressemble à un amortisseur, pas à une remise à zéro. Nous n'avons vu personne promettre un retour aux 1,50 € dont se souvient Nicolas, et nous ne parierions pas dessus.
Le conseil pratique est donc simple mais utile. Comparez les panneaux, pas les banderoles. Demandez-vous si la remise s'applique au prix du jour ou à un prix qui a bougé la semaine dernière. Et si votre station indépendante n'a pas encore baissé ses prix, laissez-lui quelques jours avant de conclure qu'elle vous fait payer trop cher: elle n'a peut-être tout simplement pas reçu ses barils. Si c'est toujours le cas dans deux semaines, c'est la répartition qu'il faudra examiner, pas seulement la pompe.
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