L’opération de Kim Kardashian montre le coût réel de la franchise sur la santé
En parlant de son opération de l’œsophage, Kim Kardashian peut inciter à se faire dépister, mais notre façon de consommer les alertes santé des stars transforme la franchise en obligation.
Photo : Ashley Graham / Wikimedia Commons (CC BY 3.0)
Est-ce un service public lorsqu’une célébrité filme sa propre frayeur médicale, ou simplement le prochain épisode ? Dans le cas de Kim Kardashian, c’est probablement les deux, et c’est précisément ce qui met mal à l’aise.
Voici ce qui s’est passé. Dans l’épisode de The Kardashians diffusé le 29 octobre, Kardashian, 46 ans, a évoqué un récent diagnostic d’œsophagite. Selon le Daily Mail, un médecin a trouvé des « irrégularités » dans sa gorge 23 ans après la mort de son père, Robert Kardashian, d’un cancer de l’œsophage à 59 ans. Elle a déclaré, dans des mots que cite IJR: « Le médecin dit que mon œsophage présente ces irrégularités et qu’il faut les retirer. C’est la même chose que mon père. »
Des médias de People à TMZ en passant par Page Six s’en sont emparés, et selon un article de nzcity, elle avait gardé le diagnostic secret à cause de la mort de son père en 2003. Nous laissons la médecine aux médecins. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui se passe quand ce genre d’information arrive dans un fil d’actualité.
La franchise est réelle, et elle aide probablement
Rendons d’abord à César ce qui lui revient. Dire à voix haute qu’on s’inquiète à cause de ce qui est arrivé à son père n’a rien d’un communiqué de marque léché. Cela relie un diagnostic aux antécédents familiaux, la partie des conseils de santé que l’on ignore le plus souvent. Health Digest a présenté l’épisode comme une mise en lumière de l’histoire médicale de sa famille, et nous pensons que ce cadrage est juste.
Nous soupçonnons que la franchise d’une célébrité peut pousser certains à prendre des rendez-vous qu’ils évitaient. Tel téléspectateur qui souffre de brûlures d’estomac depuis des mois et n’y prêtait pas attention en parlera peut-être désormais à un médecin. Ce serait un bon résultat, et aucune brochure n’atteint un public aussi large. Une réserve: la couverture dont nous disposons se compose surtout de titres et d’extraits, si bien que nous ne pouvons pas dire quelle part de l’épisode relève de l’information et quelle part du drame. Mieux vaut juger sa contribution à ce qu’elle a réellement dit, et non à des résumés conçus pour le clic.
Mais une frayeur est devenue un contenu comme un autre
Passons à la partie inconfortable. Regardez les titres: « Subit une opération », « Révèle », « Alerte santé ». Le vocabulaire d’une fin de saison. Kardashian a été filmée pour une émission de téléréalité; sa confidence allait forcément être emballée comme un fil narratif. Ce n’est pas un scandale. C’est le modèle économique.
Le problème, c’est l’attente que cela crée. Quand une star fait d’une visite à l’hôpital une histoire, le silence de la suivante finit par ressembler à une dérobade. Nous avons bâti un public qui considère un diagnostic comme un dû, et une personnalité qui garde le privé pour elle devient l’exception qui doit se justifier. Notons que Kardashian elle-même a, dit-on, gardé le silence un moment. Son instinct, semble-t-il, était la discrétion. À notre avis, ce sont l’émission, le marché et l’algorithme qui ont fabriqué cette histoire.
Ce que le public devrait en faire
Notre verdict: accueillir la franchise, se méfier de l’appétit. Ce sont deux choses distinctes. Le choix de Kardashian de parler lui appartient, et il peut faire un réel bien. Notre empressement à consommer, classer et spéculer, lui, nous appartient.
Concrètement, cela suppose quelques petites habitudes. Retenir l’utile: connaître ses antécédents familiaux et ne pas laisser traîner des symptômes persistants. L’explication de The Grayvine, qui cite Johns Hopkins Medicine et Gastroenterology Advisor, range les difficultés à avaler et la perte de poids involontaire parmi les signes qui justifient une orientation vers une endoscopie. Ensuite, s’abstenir de toute spéculation sur le pronostic, que personne ne peut établir en lisant un titre.
Le meilleur dénouement de cette histoire serait que beaucoup de gens appellent leur médecin et que personne n’exige la prochaine mise à jour. Si la franchise des célébrités sur leur santé doit devenir un genre, soyons au moins un public correct: reconnaissant quand quelqu’un se confie, et sans curiosité quand il s’arrête.
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