Mashups de jeux par IA : pas du fan art, une photocopieuse à budget de mème
Skyrim dans Minecraft amuse 30 secondes. Le vrai sujet : qui profite du fait que décompiler un jeu prenne une soirée, et jusqu’où la logique du fan art peut aller.
Photo : Software: Anthropic PBC Artwork and Screenshot: VulcanSphere / Wikimedia Commons (Public domain)
Un extrait de Halo avec Mario dans le rôle principal, est-ce du fan art ou une photocopie très soignée ? Votre fil d’actualité vous a sans doute posé cette question une douzaine de fois ces dernières semaines sans jamais prononcer les mots « droit d’auteur ». La réponse honnête est que c’est les deux, et que l’intéressant, c’est de savoir où passe la frontière.
La déferlante est réelle, et la barrière vient de disparaître
Comme le rapporte The Guardian, les fils d’actualité se sont remplis de streamers jouant à des mashups comme Skyrim dans Minecraft ou Skate 2 dans des cartes de Call of Duty. Selon l’article, une bonne part de ces créations vient du codage assisté par IA. Claude pourrait ainsi retransformer un jeu compilé en code source en une nuit, et si on lui demande de combiner deux jeux, il aide aussi. Le chroniqueur ajoute que les meilleurs exemples ont tout de même demandé des retouches humaines, et que le travail prend désormais une soirée au lieu de plusieurs mois. Video Games Chronicle, dans un résumé que nous n’avons pu consulter qu’en partie, décrit la tendance comme celle de moddeurs qui décompilent deux jeux avec un outil d’IA et les font tourner simultanément.
Les moddeurs ne s’en réjouissent pas. Les titres évoquent une levée de boucliers sur la mention des auteurs et le consentement, ainsi que des mises en garde contre ce contenu à faible effort qui privilégie les clics plutôt que la créativité. Nous n’avons que des extraits de ces articles, nous ne prêterons donc de propos à personne. Mais le sens de cette colère est facile à lire.
Le fan art demandait du talent, et le talent faisait office de filtre
Le fan art a toujours vécu dans une zone grise que les éditeurs tolèrent. À notre avis, il fonctionne grâce à la friction. Dessiner Link ou créer un mod prend du temps, et c’est cet effort qui en fait un hommage plutôt qu’un substitut. C’est aussi pour cela que le public lui fait confiance: quelqu’un s’est suffisamment soucié du sujet pour en baver.
Supprimez la friction et la logique vacille. L’auteur du Guardian, qui dit n’avoir aucune connaissance en programmation, a obtenu un jeu « nul mais jouable » en quatre minutes et un jeu prêt pour TikTok en une demi-heure, avant d’admettre qu’il n’avait en réalité rien créé. C’est un aveu formidable, et accablant. Si personne ne peut dire qui a fait la chose, « hommage » commence à ressembler à une étiquette collée après coup.
Il y a une seconde couche, moins confortable. Le même article note que ces mêmes outils ont fait progresser l’émulation, notamment pour faire tourner gratuitement des jeux de console récents sur PC, et qualifie une grande partie de cela d’« évidemment extrêmement illégal ». Le mème du mashup en est la jolie porte d’entrée. La plupart de ceux qui partagent un jeu de tir contre des zombies dans Wii Bowling ne sont pas des pirates. Mais la filière, elle, se moque de leurs intentions.
Suivez l’argent, pas le mème
Voilà où nous inviterions les lecteurs à regarder. Regarder un mashup ne coûte rien, mais l’attention qu’il capte est monétisable: par les streamers, par les entreprises d’IA dont les outils bénéficient d’une publicité gratuite, et par quiconque clone une idée plus vite que son auteur ne peut la publier.
Les jeux indépendants sont le canari dans la mine. Eurogamer rapporte que Needle in a Haystack Simulator, un jeu indépendant tout simple qui n’est même pas encore sorti, a été copié tant de fois qu’on ne sait plus lequel est l’original. Le conseil de Valve, relayé de seconde main par traduction automatique, serait de bâtir des communautés et de continuer à ajouter des fonctionnalités et de la personnalité. Un bon conseil, selon nous, et presque inutile si les clones apparaissent avant que vous ayez trouvé votre public. Eurogamer fait le même constat: les procédures judiciaires façon « taupe à frapper » sont hors de portée de la plupart des petits studios.
L’angle de l’hypocrisie mérite aussi un sourcil levé. GamingBolt note qu’Epic a confirmé utiliser des outils d’IA pour développer du code pour Unreal Engine. Ce n’est pas un scandale: utiliser l’IA pour écrire son propre code n’a rien à voir avec décompiler celui d’autrui. Mais le secteur débat désormais de l’IA des deux côtés de la table, ce qui compliquera la rédaction de toute règle cohérente.
Notre verdict
Il faut prendre ces mashups pour ce qu’ils sont: un aperçu réellement amusant de ce que pourrait devenir le modding, et un test de résistance que le système juridique n’a pas encore passé. Une règle simple pour les spectateurs: saluez le créateur qui montre son travail et cite les originaux, méfiez-vous du compte qui publie un extrait par jour et vous vend un « lien de téléchargement », et ne confondez jamais un nombre de vues avec une autorisation.
La frontière entre hommage et copie ne dépend pas de l’étrangeté du mashup. Elle dépend de la contribution d’un humain, de la mention des créateurs d’origine et de la question de savoir qui est payé. Pour l’instant, la réponse à cette dernière question n’est pas ceux qui ont conçu les jeux. C’est cela, bien plus que n’importe quelle apparition de Mario, qui mérite de s’agacer.
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