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Rédaction Trendsfera
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Judor et Will Smith : comment une gifle devient une condamnation à perpétuité

Quatre ans après la gifle des Oscars, Éric Judor affirme qu'elle a confirmé tout ce qu'il pensait déjà de Will Smith. Cela en dit moins sur Smith que sur la célébrité réduite à une seule image.

Publié
25 octobre 2026
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4 min
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Photo : Raph_PH / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Combien de temps une personne doit-elle porter le pire moment de sa carrière ? À en croire l'actualité people, apparemment pour toujours, avec des renouvellements périodiques par quiconque tient un micro.

Le dernier en date vient de l'humoriste français Éric Judor. Interrogé par David Castello-Lopes pour Konbini, il a déclaré que la gifle des Oscars de 2022 « a confirmé ce que je pensais » de Will Smith, d'après Public. Il n'a pas déploré l'événement: il l'a traité comme une preuve. Ses filles trouvaient que Smith avait l'air « trop cool », et Judor dit qu'il voyait les choses différemment.

Pour mémoire, la gifle a eu lieu le 27 mars 2022, après une plaisanterie de Chris Rock sur le crâne rasé de Jada Pinkett Smith. Smith a ensuite remporté l'Oscar du meilleur acteur et a été interdit de cérémonies de l'Académie pendant dix ans. Selon USA Today, il s'est excusé à plusieurs reprises, notamment dans un communiqué le lendemain et dans une vidéo sur YouTube.

Une gifle, c'est un cadeau pour qui avait déjà un avis

La phrase de Judor est révélatrice à cause du mot « confirmé ». Il ne dit pas que la gifle lui a fait changer d'avis. Il dit qu'elle a donné raison à un soupçon qu'il avait déjà. C'est ainsi que fonctionnent la plupart des verdicts publics: l'événement est un test de Rorschach, et chacun y voit la personne dont il se méfiait déjà.

L'argumentaire de Judor s'appuie en partie sur un épisode de Red Table Talk de 2020, où Pinkett Smith évoquait une relation passée avec un chanteur. La réaction de Smith a laissé Judor stupéfait et, selon son récit, c'était un signal d'alarme. Notez ce qui se passe: une conversation conjugale privée, diffusée publiquement et racontée de seconde main, sert de lettre de recommandation, ou plutôt de réquisitoire. C'est un peu tiré par les cheveux. La lecture de Judor lui appartient, et elle est divertissante, mais c'est une interprétation, pas un diagnostic.

La vraie victime, c'est l'image du « mec drôle et sympa »

La gifle a fait crier à Judor « il est fou » devant la télévision, en présence de ses filles, mais nous pensons que le reproche le plus parlant concerne la sympathie. Judor dit que tout le monde a longtemps adoré Smith comme un type drôle et gentil, resté en contact avec la vraie vie. La gifle, dit-il, lui a appris autre chose.

À notre avis, c'est là le vrai grief. Smith vendait une image d'amabilité sans effort, et la gifle a rompu le contrat. Les humoristes ont un intérêt particulier dans cette affaire: Judor affirme que l'humiliation publique a été le plus dur pour Rock. Voir un confrère être frappé en direct à la télévision, puis voir l'auteur de la gifle repartir avec un trophée le soir même, est sans doute une offense professionnelle autant que personnelle.

Les protagonistes semblent avoir tourné la page plus vite que ceux qui regardent

Voilà l'ironie. Rock, dans un entretien à Variety repris par Page Six, a dit souhaiter que « rien ne se soit passé » et ajouté que « le fait que j'aie passé une mauvaise journée n'est pas le plus grave ». Il fait la promotion d'un film qu'il a réalisé, il ne plaide pas l'affaire de la gifle. Smith, de son côté, avait écrit le lendemain de la cérémonie: « J'ai dépassé les bornes et j'avais tort. »

En public, du moins, les deux hommes parlent donc d'excuses et de nouveaux projets pendant que les commentateurs gardent le dossier ouvert. Judor écarte même la défense du « mari chevaleresque » en se moquant du messager, Louis C.K., ce qui est une bonne blague, mais aussi un rappel: les débats sur la gifle passent désormais surtout par des intermédiaires.

Verdict

Smith a commis un acte indéfendable, et il l'a reconnu. Mais il y a une différence entre assumer ses responsabilités et porter une étiquette à vie. Le point de vue de Judor est incisif et drôle, et il a le droit de le défendre. Pourtant, nous estimons que « il est fou » est un résumé paresseux d'une soirée compliquée et laide, et que l'histoire la plus intéressante est de savoir pourquoi nous avons tant besoin que ces moments servent de preuve de caractère. Notre conseil: jugez la gifle, bien sûr. Mais méfiez-vous de quiconque, même d'un humoriste très drôle, prétend qu'elle a tout expliqué de ce qu'il croyait déjà.

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