Sirkis n'a pas mené la mobilisation lycéenne, et c'est pour ça que son discours aux NRJ Music Awards a fonctionné
Une rock star peut soutenir un mouvement étudiant sans se l'approprier. Les NRJ Music Awards l'ont montré, et la phrase d'un jeune de 18 ans fut peut-être la plus crédible de la soirée.
Photo : Luka Martin 01 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Une rock star peut-elle soutenir un mouvement étudiant sans le récupérer ? La soirée de vendredi à Cannes en a offert un bon cas d'école, avec un rebondissement: l'aveu le plus marquant n'est pas venu de la tête d'affiche.
Indochine a ouvert la 28e cérémonie des NRJ Music Awards sur TF1 avec « Victoria » et « L'Aventurier », sur les marches rouges du Palais des Festivals. Le groupe a aussi reçu un prix d'honneur pour son Arena Tour. Comme le rapporte Ohmymag, Nicola Sirkis a déclaré au public: « on n'a pas trop envie de faire la fête en ce moment ». Il a adressé une pensée aux lycéens et aux étudiants « à qui on a un peu pillé leurs idées », ainsi qu'aux commerçants, dont certains se sont « fait piller, tout court ». Ce discours est intervenu juste après la rencontre d'Emmanuel Macron avec des représentants étudiants à l'Élysée, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation nationale.
La phrase la plus crédible de la soirée est venue d'un jeune de 18 ans
Sirkis n'a pas été le seul à s'adresser aux jeunes. Jungeli, 18 ans, lauréat du prix de la collaboration francophone, a dit savoir qu'il avait de la chance et qu'il était privilégié, et il a invité les jeunes de France à croire en eux. Il venait tout juste de décrocher son baccalauréat.
À notre avis, cela compte. La crédibilité d'un « je sais que je suis privilégié » dépend de celui qui le dit et de ce que cela lui coûte. La pensée de Sirkis pour les étudiants était chaleureuse mais générale, le genre de solidarité que peut exprimer n'importe quel artiste chevronné. Elle fonctionne mieux, selon nous, quand un adolescent proche de l'âge des manifestants reconnaît sa chance, puis tourne les projecteurs vers les autres.
Le meilleur geste de Sirkis était un petit geste
Ce qu'a fait Sirkis, d'après les citations disponibles, est resté modeste. Il n'a pas pris position sur Parcoursup. Il ne s'est pas posé en porte-parole. Il a donné le ton, reconnu les étudiants, puis ajouté que 2027 serait une année difficile, en appelant à être humains, vigilants et, avant tout, bienveillants. C'est vague, et nous pensons que le flou est le bon registre pour un chanteur dans une émission de divertissement en prime time. Une célébrité qui se met à formuler des revendications au nom d'un mouvement passe généralement une audition pour un rôle que le mouvement ne lui a jamais proposé.
Une note reste un peu gênante. Saluer les étudiants tout en plaignant des commerçants « pillés » mêle doucement deux réalités très différentes. Nous y lisons un appel au calme plutôt qu'une prise de position, et nous en ferions la phrase la plus prudente de la soirée. Prudent ne veut pas dire courageux.
La crédibilité se construit bien avant le micro
Pourquoi cela sonne-t-il moins creux que la cause de célébrité habituelle ? En partie à cause d'un parcours qui n'a rien à voir avec vendredi. Dans un entretien de 2024 à Nice-Matin, relayé par Gala, le groupe expliquait avoir maintenu les billets de l'Arena Tour entre 55 et 75 €. Sirkis ajoutait qu'ils ne proposeraient jamais de fosse or ni d'accès VIP. Cela ne fait pas d'Indochine un groupe de saints. Cela suggère en revanche que, lorsque Sirkis parle des jeunes, il ne leur vend pas en même temps une option premium. Les discours de solidarité ne coûtent rien. Une politique tarifaire, elle, est un reçu.
La même logique explique le moment de Jungeli. Dire « je suis privilégié » fonctionne parce que cela est suivi de « donc courage à tous les jeunes de France », ce qui tourne l'attention vers les autres. La règle semble être: nommer sa position, dire quelque chose de court, puis s'effacer.
Notre verdict
Le mode d'emploi pour une célébrité face à une mobilisation tient en trois étapes. D'abord, reconnaître sa distance avec elle. Ensuite, garder une phrase brève et y placer le mouvement, pas soi-même. Enfin, veiller à ce que son comportement ailleurs ne contredise pas le discours. Selon nous, Jungeli a réussi la première étape, et Sirkis, avec un discours court et des prix de billets derrière lui, a mieux géré la deuxième et la troisième que la plupart des célébrités.
Le vrai test viendra ensuite. Le gouvernement a promis des annonces lundi, et les syndicats étudiants comptent maintenir la pression. Il faudra surtout observer si les caméras et la « pensée pour les lycéens » seront encore là à ce moment-là. Un soutien qui ne dure que le temps d'une soirée sur TF1 relève de l'ambiance. S'il survit à l'émission, il pourrait devenir autre chose. Notre conseil: savourer le moment, ne pas le confondre avec un leadership, et laisser les étudiants écrire le chapitre suivant.
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