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Mentissa a gagné The Voice Kids. Le racisme a tenté de réécrire sa victoire

L’histoire de Mentissa révèle le marché de dupes de la célébrité née des télé-crochets : un trophée peut attirer les projecteurs, tandis que les préjugés décident à qui ils reviennent.

Publié
20 octobre 2026
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Photo : ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Une victoire dans un télé-crochet est censée être l’histoire la plus simple que la télévision puisse raconter: une jeune artiste douée chante, le public applaudit et le trophée tranche le débat. L’expérience de Mentissa montre à quelle vitesse ce fantasme s’effondre lorsque certains spectateurs décident que le gagnant ne ressemble pas à la personne qu’ils s’attendaient à voir.

En 2014, à 14 ans, Mentissa a remporté la première saison de The Voice Kids Vlaanderen, en Belgique. La célébration a été suivie de messages racistes et d’attaques contre sa façon de chanter. Dans de récentes interviews, elle a raconté que ces abus lui avaient fait regretter sa victoire, l’avaient poussée à se retirer de la musique et à refuser les sollicitations des médias pendant au moins un an. Voici rapporte qu’elle se souvenait de spectateurs disant vouloir voir gagner « une petite fille blanche » et citant le commentaire raciste suivant: « Ici, ce n’est pas The Voice Afrique. »

Des années plus tard, Mentissa est revenue dans le programme, en France, lors de la dixième saison de The Voice, en 2021. Elle a rejoint l’équipe de Vianney et atteint la finale. Son histoire circule de nouveau aujourd’hui, car elle n’est pas seulement un récit de résilience. Elle constitue une accusation envers la culture du public qui entoure les télé-crochets.

Le problème n’était pas le trophée, mais le gagnant imaginé par le public

Les concours de talents vendent l’idée que la performance est le grand égalisateur. Atteignez la note juste, faites vibrer la salle, gagnez le vote. Mais cette promesse a toujours eu un défaut: le public ne juge pas uniquement ce qu’il entend. Il apporte aussi ses propres idées sur les personnes qui paraissent crédibles, familières ou « appropriées » pour gagner.

L’explication de Mentissa est d’une simplicité accablante. La première édition de l’émission en Flandre, a-t-elle raconté, s’accompagnait d’un public qui voulait voir une fille blanche gagner. Cette formulation est importante, car elle révèle le préjugé dissimulé derrière le vocabulaire prétendument neutre du goût. La critique ne se résumait pas à « je préfère une autre chanteuse ». Elle associait la légitimité à la race, puis utilisait le jugement musical comme paravent.

C’est pourquoi les commentaires racistes sur sa voix méritent qu’on s’y attarde, au lieu d’être traités comme un détail secondaire. Le racisme annonce rarement sa présence sous la forme d’un raisonnement cohérent. Il se présente souvent déguisé en goût, en exigence ou en scepticisme. Les choix vocaux d’une candidate deviennent « le vrai problème », tandis que l’hostilité visant sa couleur de peau est reléguée au bruit de fond. Dans le cas de Mentissa, les deux étaient liés dès le départ.

Il en résulte une forme particulièrement cruelle de remise en cause: on fait comprendre à la gagnante que sa victoire elle-même prouve qu’une erreur a été commise. Le trophée dit une chose; la section des commentaires en affirme une autre. Pour un adulte, cette contradiction peut être épuisante. Pour une adolescente de 14 ans, elle peut devenir une grille de lecture de soi.

Les réseaux sociaux ont transformé les spectateurs en juges qui n’avaient de comptes à rendre à personne

La section des commentaires n’a pas créé le racisme, mais elle a offert aux préjugés un accès direct à une enfant qui venait d’être exposée à l’attention de tout un pays. Mentissa a expliqué avoir lu les messages, s’être sentie paralysée et avoir fini par les croire. Elle a raconté avoir eu honte du titre remporté et s’être éloignée de la musique pendant au moins un an. Public.fr raconte comment une célébration s’est transformée en vague de haine en ligne, sapant sa confiance en elle.

C’est l’aspect que la télévision de divertissement tend encore à minimiser. L’émission se termine, les applaudissements s’éteignent et la candidate se retrouve face à une machine à réactions constamment ouverte. Le programme présente cette exposition comme une chance, mais elle signifie aussi livrer l’identité d’une jeune personne à des inconnus qui s’estiment autorisés à la noter.

Et le public n’a pas besoin d’avoir raison pour exercer une influence. Il lui suffit d’être bruyant, répétitif et suffisamment proche pour être lu. Le récit de Mentissa montre clairement que les dégâts psychologiques ne sont pas venus d’une insulte isolée, mais de leur accumulation: un flot de messages, des attaques contre sa race, des attaques contre sa façon de chanter et l’insinuation qu’elle avait pris une place qui revenait à quelqu’un d’autre.

Cela devrait changer la manière dont les producteurs parlent du fait de « donner une tribune » aux jeunes artistes. Une tribune sans véritable protection peut devenir une rampe de lancement pour le harcèlement. La responsabilité ne peut pas s’arrêter au moment où le gagnant est annoncé.

Son retour est inspirant, mais il ne doit pas servir d’excuse

Le retour de Mentissa dans The Voice, en France, est un retournement réconfortant. Le même écosystème télévisuel qui avait autrefois été associé à l’humiliation a contribué, en 2021, à son renouveau professionnel. Au sein de l’équipe de Vianney, elle a atteint la finale, et la chanson « Et Bam » a contribué à lancer sa carrière. Ohmymag décrit cette étape ultérieure comme une renaissance, après son retrait de la lumière médiatique.

Mais conclure par « elle a surmonté tout cela » ne suffit pas. La résilience a de la valeur; elle est aussi dangereusement commode lorsqu’elle permet à tous les autres de laisser le système inchangé. Mentissa n’aurait pas dû avoir besoin d’une autre émission, d’un autre mentor ou d’un nouveau chapitre de réussite pour prouver que sa première victoire était légitime.

Son retour révèle toutefois la faiblesse de l’ancien verdict du public. Les personnes qui ont tenté de réduire sa victoire à une question d’identité n’étaient pas seulement cruelles; elles se trompaient sur sa signification. Cette victoire n’avait pas besoin de leur permission. Le talent était là avant les commentaires, pendant la vague de haine et après.

La leçon pour les spectateurs est claire: critiquer une performance ne donne pas le droit de remettre en question la légitimité d’un artiste à avoir sa place. Pour la télévision, la leçon est plus sévère encore: si une émission célèbre la diversité sur scène, puis laisse de jeunes candidats seuls face aux insultes racistes, la véritable compétition se déroule hors caméra — et la production a déjà échoué.

Mentissa a gagné deux fois: d’abord grâce à sa voix, puis en reprenant le contrôle de l’histoire qui a suivi. Notre verdict est que cette seconde réussite ne doit pas détourner l’attention de la première injustice. Les télé-crochets doivent cesser de traiter le public comme un jury incontestable. Parfois, la foule ne découvre pas un talent. Parfois, elle révèle ses propres préjugés.

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